Liberté et discipline

Écrit par Nathalie Justine, décembre 2019

 

« La liberté intérieure est un but à atteindre et non pas quelque chose de préexistant. »

 

C’est ce postulat, datant du siècle dernier, émis par Maria Montessori, précurseur bien avant l’heure de l’éducation positive, qui va nous permettre d’entrer dans la compréhension de cette notion quelque peu contradictoire de liberté et discipline.

 

Maria Montessori prônait le respect de l’enfant, de son rythme et de ses besoins. Pour elle, il était indispensable qu’en tant qu’adultes (parents, éducateurs, etc.), nous sachions reconnaitre toutes ses potentialités. Notre rôle est donc de guider l’enfant dans sa construction, vers sa discipline intérieure.

Or cette discipline ne peut être imposée de l’extérieur, sur le simple fait de la volonté d’autrui. On ne peut façonner un enfant pour qu’il soit « discipliné », à l’image de ce que nous souhaiterions. L’autorité, passant par un total contrôle sur l’enfant soumis à la contrainte, à l’obligation de faire sans choix possible, sans explication aucune peut mener à l’obéissance, mais en aucun cas à la discipline.

 

On ne peut exiger de l’enfant un certain comportement en ne faisant usage que de la menace ou de la répression (punitions). Il s’exécutera sans doute, par obligation et soumission, mais n’en tirera rien de positif pour le développement de son estime personnelle. Cette discipline artificielle ne fonctionne pas. L’extrême opposé non plus d’ailleurs : laisser tout faire à son enfant, sans aucune limite. L’histoire éducative récente nous a bien montré que l’enfant roi n’est pas plus discipliné.

 

L’esprit en formation a besoin d’un cadre et de règles consistantes sur lesquelles il peut s’appuyer pour se construire sereinement. Il faut donc trouver un juste milieu, le bon équilibre (ni trop strict, ni trop laxiste). Il s’agit d’offrir une certaine liberté dans un contexte structurant :

« Aide-moi à faire par moi-même »

 

Notre rôle va donc être celui d’agir indirectement, et non dans le vif de l’action, par le biais de l’environnement que nous allons préparer et offrir à cet enfant. Ainsi, au lieu d’un enfant passif subissant les désirs et affres des adultes, nous ferons de lui un acteur de son propre développement. La discipline intérieure est quelque chose qui se bâtit dans le temps, à nous donc de mettre en place tous les facteurs favorables à sa construction.

 

Or cette notion de discipline est intimement liée à celle de liberté. Dans un environnement Montessori, les enfants bénéficient de diverses libertés : celle de choisir l’activité avec laquelle ils veulent travailler, là où ils souhaitent travailler (pas de places définies, à une table ou au sol), avec qui (un ou plusieurs camarades, seul), etc.

 

La liberté qui leur est donnée se traduit aussi dans la possibilité de faire cette activité aussi longtemps qu’il le souhaite, ainsi que de se mouvoir et s’exprimer librement dans l’environnement. La limite face à cela sera le respect des lieux, des personnes et de leur travail.

 

Toutes ces libertés offertes vont permettre à chaque enfant de s’orienter naturellement vers les matériels qui vont susciter son intérêt et éveiller sa curiosité. Il va donc s’investir davantage dans le travail à accomplir, sans pression de l’extérieur, avec plaisir.

 

Et c’est par cette implication sincère et réelle que la concentration va se développer peu à peu et que l’autodiscipline émergera spontanément. Un enfant satisfait de son travail (d’avoir été jusqu’au bout), en ressort avec de la fierté (« j’ai fait tout seul, j’ai réussi ») et une certaine plénitude. Cette attitude va favoriser la construction d’une image positive de soi.

 

La liberté est donc la condition sine qua non pour permettre le développement de la discipline intérieure. En fait, comme dans un rouage, la discipline et la liberté sont les deux éléments complémentaires et nécessaires pour former un parfait assemblage et assurer le bon fonctionnement de l’ensemble : sans liberté, il ne peut y avoir de discipline, et vice versa. Ces deux notions vont de pair.

 

Au fil des ans, l’autocontrôle sera croissant grâce au développement de la volonté. Après 6 ans, la discipline devient beaucoup plus sociale. L’acquisition de cette discipline donne à l’enfant une première conscience morale. Il va peu à peu devenir un individu responsable de ses actes, de ses pensées. Cette responsabilité, face à lui-même, aux autres, à l’environnement qu’il pourra exercer au quotidien, va lui permettre de forger davantage sa personnalité :

– savoir qui je suis et de quoi j’ai (ou nous avons) besoin pour vivre en harmonie –

 

 

« Le royaume de l’enfance est celui du paradis. Si l’enfant dispose de toute la liberté dont il a besoin pour se développer à ce stade, le résultat sera manifeste à l’âge adulte. (…)

Les petits enfants ont la discipline voulue s’ils ont la liberté.

La voici, la nouvelle loi du monde de l’enfance. »

Maria Montessori

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